
Les pions sont à peine posés sur le plateau de jeu que, déjà, les rôles se dessinent. Il y a celui qui distribue les cartes, celui qui lit les règles d’une traite et celui qui prend littéralement les commandes de la partie. Il explique, décide et anticipe, parfois avant même que les autres aient compris la règle. Ce syndrome du « petit chef » certains parents le connaissent bien !
Faut-il intervenir ? Recadrer ? Dire stop ?
Pas forcément ! Car derrière ce comportement se cache rarement une envie d’écraser les autres. Il s’agit plutôt d’un trop-plein d’idées, d’une joie intense à l’idée de jouer ensemble ou encore d’une difficulté à réguler sa place dans le groupe. Autant de facteurs normaux pour un jeune enfant, que nous avons tous déjà constatés !
Dans cet article, on vous propose de changer de regard sur ces leaders en herbe. Découvrez comment le jeu coopératif devient un terrain d’entraînement génial pour apprendre à chacun à prendre sa place, sans jamais éteindre celle des autres ni casser le plaisir du jeu.
Le “petit chef” : et si c’était juste un trop-plein d’enthousiasme ?
La scène est familière pour beaucoup de parents. Le jeu vient de démarrer et, déjà, un enfant distribue les rôles, annonce la stratégie et décide de la suite. Autour de la table, certains suivent, d’autres lèvent les yeux au ciel… Et vous, parent, vous vous demandez s’il faut intervenir ou laisser faire. Un classique !
Respirez ! Ce comportement n’est pas un désir de dominer. C’est souvent le signe d’une envie immense de bien faire, d’une imagination en ébullition et d’un plaisir débordant à l’idée de jouer ensemble. L’enfant bouillonne d’idées et il veut les partager, parfois trop vite, parfois trop fort.
Dans un jeu de groupe, chaque enfant apporte son énergie au collectif. Le défi n’est pas de la freiner, mais de la faire circuler. A la Cabane à jouer, on aime bien parler de dépendance positive : pour avancer, chacun a besoin des autres. C’est quand cette énergie circule que le jeu devient plus fluide, plus joyeux, et que chacun trouve sa place !
Autant vous prévenir : passer du “petit chef” au statut de partenaire ne se fait pas en un jour, comme par magie. Dans ses travaux, Robert Selman, un psychologue et chercheur spécialisé dans le développement social des enfants, explique que l’enfant progresse par stades. Il va petit à petit de l’impulsivité physique vers une capacité à négocier des compromis “gagnant-gagnant”.
Pourquoi le jeu coopératif est votre meilleur allié dans ce cas précis ?
Dans un jeu classique, il y a souvent un gagnant et des perdants. Et quand l’enjeu est de gagner, le besoin de contrôler peut prendre toute la place. Le jeu coopératif change radicalement la donne.
Ici, l’objectif est partagé : on gagne ou on perd ensemble. Il n’y a pas de héros solitaire, ni de chef autoproclamé. Il y a une mission commune, un défi à relever à plusieurs, sans gagnant individuel.
Cette dynamique dilue naturellement le besoin de tout diriger. L’enfant enthousiaste comprend vite que, pour réussir, il doit écouter, attendre et parfois suivre les idées des autres. Le plaisir ne vient plus de décider, mais de réussir collectivement.
C’est aussi ce qui fait la richesse des jeux collaboratifs, qu’ils soient autour d’une table ou derrière un écran. D’ailleurs, la coopération dans les jeux vidéo montre très bien comment un objectif commun transforme les interactions, même chez les plus compétitifs.
3 astuces pour rééquilibrer les rôles naturellement
Bonne nouvelle : nul besoin de grands discours ni de règles strictes. Quelques ajustements ludiques suffisent souvent à apaiser le groupe, redistribuer la parole et redonner à chacun une place active et joyeuse.
1. L’information fragmentée : chacun détient un secret
Dans certains jeux, tout le monde ne sait pas tout, mais ce n’est pas un problème ! Par exemple, dans le jeu de déduction Similo, il y a un joueur qui ne peut pas parler, mais qui détient plus d’informations que le reste de l’équipe. L’information nécessaire à la victoire collective ne passera que si tout le monde est capable de s’écouter et de repérer les indices donnés par le joueur muet.
Dans un jeu comme celui-ci, impossible de tout diriger ! L’enfant qui aime prendre la parole est alors obligé d’écouter les théories des autres pour avancer.
Sans imposer le silence, ce type de jeu crée une écoute naturelle : chacun devient indispensable et l’entraide s’installe sans même y penser. C’est une mécanique que l’on retrouve souvent dans les jeux de logique collaboratifs, où réfléchir et agir seul ne suffit jamais.
2. Les rôles asymétriques : à chacun sa super-force
Donner un rôle précis à chaque enfant change tout. Ainsi, selon le jeu choisi, on peut avoir :
- Le gardien des cartes ;
- Le lanceur de dés officiel ;
- Le cartographe qui trace le chemin.
Ces missions valorisent les compétences de chacun et empêchent qu’une seule voix prenne toute la place. L’enfant très expressif peut devenir le conteur de l’histoire. Celui qui observe beaucoup peut être le stratège silencieux, et ainsi de suite.
Ce principe fonctionne aussi très bien dans les jeux collaboratifs sans matériel, où un simple rôle imaginaire suffit à structurer le jeu et à apaiser les tensions.
3. Le temps de parole tournant
Il suffit d’un objet qui fait office de bâton de parole : un pion, une figurine ou une carte spéciale. Le principe est simple : celui qui l’a peut parler, les autres écoutent. Puis, on passe l’objet. On ne va pas se mentir, c’est parfois plus difficile à dire qu’à mettre en place !
Ce rythme transforme l’entraide en chorégraphie :
- L’enfant qui parle beaucoup apprend à attendre son tour ;
- Celui qui parle peu ose davantage.
L’inclusion douce : adapter le jeu pour chaque enfant
Tous les enfants ne jouent pas de la même manière. Leurs différents profils constituent une véritable richesse, mais parfois cela va être dur de trouver un jeu qui embarque tout le monde. Par exemple, un enfant très impulsif aura parfois du mal à attendre son tour, un autre peut décrocher si le rythme est trop lent, quand un troisième ne verra tout simplement pas l’intérêt s’il n’y a aucun perdant. Dans ce dernier cas, les jeux hybrides, a mi-chemin entre coopération et jeu classique, seront peut-être une solution plus adaptée.
L’idée n’est pas de corriger les comportements des uns et des autres, mais de s’adapter, d’accompagner et de faciliter la communication. Pour les enfants les plus pressés, les jeux à actions simultanées sont précieux. Pas d’attente interminable ni de frustration difficile à digérer, puisque tout le monde agit en même temps ! L’enfant très actif canalise son énergie de façon plus positive, un peu comme une cocotte-minute qui laisse échapper sa vapeur.
Pour les profils atypiques ou les enfants avec des difficultés d’attention, réduire le temps mort change tout. On privilégie des règles simples, des tours rapides, et surtout un objectif clair et partagé.
Ces ajustements sont fondamentaux, notamment quand les enfants n’ont jamais joué ensemble.
Notre sélection de jeux pour apprendre à s’écouter
1. Zombie Kidz Evolution
Dans Zombie Kidz Évolution, la stratégie se construit au fil des parties. Les enveloppes mystères impliquent tout le groupe et donnent envie de discuter, de tester, de se tromper aussi.
L’enfant qui aime diriger découvre vite que les meilleures idées naissent des échanges. On débat, on ajuste, on célèbre chaque petite victoire. Parfait pour apprendre à jouer ensemble sans pression !
2. Little Cooperation
Little Coopération est un jeu tout doux pour les tout-petits. La banquise fond, les animaux doivent être sauvés et personne ne va s’en sortir tout seul. Les enfants apprennent à s’entraider face à un danger commun. Même les plus énergiques comprennent que la réussite dépend de la coordination du groupe.
3. Un jeu de construction collectif
Pas de plateau, pas de perdant : juste des pièces à assembler !
Construire une tour géante en Kapla, ou une ville imaginaire en LEGO permet de créer ensemble sans peur de l’échec. Si ça tombe, on recommence. Si ça penche, on ajuste. Et si on a besoin de créer des règles spéciales en fonction des caractères de l’un ou de l’autre, on a carte blanche !
Le but reste le même : lancer la discussion pour diminuer la pression avant de lancer le jeu. Et si le temps manque, piochez dans nos idées de jeux coopératifs rapides !
Et chez vous, quel est le jeu qui met tout le monde d’accord autour de la table ?


