
On pense tout connaître de notre tribu parce qu’on partage les mêmes repas, le canapé et un groupe WhatsApp. Avec le temps, on a peut-être même fini par coller des étiquettes sur chacun : papy est le sage, l’oncle est le comique de service et la petite dernière la discrète. Mais au-delà de ces rôles bien huilés, que sait-on vraiment du jardin secret de nos proches ? Sous le vernis du quotidien se cachent des trésors d’histoires que l’on oublie parfois d’explorer !
Parfois difficile de vraiment connaître tous les membres de sa famille, avec des discussions qui tournent autour de l’école, du travail ou de la météo ! Et si le jeu pouvait servir de prétexte pour raconter, écouter et rire des confidences ou des anecdotes les plus folles ? Photos dossier, anecdotes burlesques, vieux souvenirs… comment profiter de tout cela pour tisser des liens plus solides autour de l’histoire familiale ?
La magie du récit : des jeux de conversation sans aucun matériel
Pas besoin d’un plateau de jeu sophistiqué. Un canapé, quelques coussins et une question bien choisie suffisent à embarquer la famille dans une partie inoubliable. Voici trois idées simples à tester dès ce soir.
Le cercle de Narration (Storytelling Circle)
Vous êtes bien au chaud dans votre salon ou autour d’un feu de camp. On propose un thème précis comme “une bêtise d’enfance dont je me souviens encore” ou “Mon premier grand voyage”.
Chacun partage un souvenir concret avec des détails. On ne se limite pas à des répliques vagues comme : “Quand j’étais petit, c’était sympa”. Le but du jeu est de décrire son expérience comme : “Je me souviens de l’odeur du gâteau brûlé et de la tête de ma sœur quand l’alarme a sonné”.
On ne s’attend pas forcément à un discours historique, mais plutôt à provoquer un échange qui enrichira le témoignage au fur et à mesure. En cas de manque d’inspiration, un objet déclencheur peut réveiller de lointains souvenirs comme une vieille clé, une photo ou même un médaillon, pour les fans de Titanic.
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Deux vérités et un mensonge : l’angle “Vie Secrète”
Le principe est connu entre amis, mais, en version familiale, il devient savoureux ! Chacun annonce trois affirmations sur son passé : deux vraies, une fausse. Par exemple :
- “J’ai failli devenir chanteuse” ;
- “J’ai déjà dormi dans une gare” ;
- “J’ai gagné un concours de danse”.
Les autres cherchent l’affirmation trompeuse, puis vient le moment croustillant de la révélation. Les questions fusent de tous les côtés entre “pourquoi ?” et “que s’est-il vraiment passé ?”.
On découvre alors que Mamie a fait du saut à l’élastique à 60 ans ou que Papa voulait être dompteur de lions !
Le portrait chinois revisité
Le jeu idéal pour décrire son identité ou sa personnalité sous les formes les plus insolites :
- “Si j’étais un plat…” ;
- “Si j’étais un animal…” ;
- “Si j’étais une saison…”.
La réponse importe peu ; seule compte la raison de la métaphore. Par exemple : “pourquoi un gratin ?”
Ce format marche très bien avec les enfants dès 5-6 ans, mais aussi avec des ados. Ces derniers, sous leur apparente discrétion, sont parfois perçus comme des volcans prêts à entrer en éruption ! Découvrir les raisons de ce sentiment profond au détour de conversations anodines peut amener à des discussions constructives par la suite.
Gamifier son arbre généalogique : quand le passé devient une aventure
L’histoire familiale ne se résume pas à une pile de dossiers rangés dans des tiroirs. On peut la transformer en terrain d’enquête et explorer des branches jusqu’alors méconnues de notre arbre généalogique.
Le quiz des anecdotes (Trivia Familial)
Préparez une série de questions insolites :
- Quel était le nom du premier chien de la famille ?
- Où Papy et Mamie se sont-ils rencontrés ?
- Qui a déjà cassé une vitre en jouant au ballon ?
Ce jeu intergénérationnel permet aux enfants de mieux connaître l’histoire de leur famille. Ils reformulent les témoignages de leurs aînés et apprennent l’art de nuancer leurs réponses. Toute action, qu’elle soit bonne ou mauvaise, a forcément ses raisons.
La chasse aux trésors “photos et souvenirs”
Pour transformer une après-midi pluvieuse en moment de transmission, rien de tel qu’une expédition dans les archives familiales. Le principe est simple : on dispose sur une grande table plusieurs cartons de vieilles photos, d’albums et de petits objets (la fameuse boîte à chaussures remplie de “bidules”).
La règle du jeu ? On définit une mission commune ou des défis individuels. Par exemple : “Trouve une photo où un membre de la famille porte un vêtement improbable des années 70” ou “Déniche l’objet qui a voyagé le plus loin”. Pas de cartes, pas d’indices : on fouille allègrement dans les souvenirs mis à disposition. Une fois le “trésor” trouvé, le joueur doit mener l’enquête auprès des aînés pour raconter l’histoire qui se cache derrière. Avec ce jeu, pas de gagnant, mais les plus jeunes enrichissent leurs connaissances sur l’histoire familiale, tandis que les aînés se livrent à un de leurs passe-temps préférés : se rappeler le bon vieux temps !
Même si les objets sont inanimés, on constate qu’ils conservent des traces indélébiles qui illuminent notre mémoire comme des coups de foudre. On retrouve tout de suite l’histoire de cette vieille montre, cette robe de baptême ou ce ticket de concert. On se demande pourquoi cette mémoire n’est pas aussi efficace lorsqu’il s’agit de retrouver les clés que nous avons perdu la veille ! Et avouons-le, cette activité d’archéologue au milieu d’un tas de vieilleries du grenier peut aussi vous faire tirer la sonnette d’alarme. Et si l’heure du tri avait sonné ?
Le bingo humain des cousins
Voilà un jeu à faire lors des grandes réunions de famille. Chaque participant reçoit une grille avec des affirmations, comme :
- Quelqu’un qui a voyagé sur 3 continents.
- Quelqu’un qui sait jouer d’un instrument.
- Quelqu’un qui a déjà changé de métier.
Pour remplir sa grille, pas le choix. Il va falloir discuter, poser des questions et écouter. C’est l’occasion d’exhumer de vieux souvenirs, ou tout simplement d’en apprendre plus sur des membres de la famille qu’on ne côtoie pas assez à son goût.
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Totem : la puissance de la bienveillance
Le jeu Totem invite chaque joueur à construire le portrait positif d’un proche à l’aide de cartes “animal” et “qualité”.
Dire à son frère qu’on lui associe la force du lion ou la patience de la tortue crée un moment fort. Au-delà du sourire qu’inspirent de telles comparaisons, on met des mots sur l’admiration que l’on a pour tel trait de caractère et sur ce que l’on ressent. De quoi nourrir l’estime de soi et renforcer la complicité !
2 Minutes Ensemble / Dimoi : le kit de secours des discussions
Les jeux de cartes comme 2 Minutes Ensemble ou Dimoi proposent des questions ouvertes et accessibles.
Avec leurs questions adaptées à tous les âges, ils conviennent particulièrement aux familles plus réservées, qui ne savent pas toujours comment amorcer une conversation personnelle. On tire une carte et on répond à tour de rôle.
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Feelings : deviner l’émotion de l’autre
Avec Feelings, chacun imagine l’émotion ressentie par un autre face à une situation donnée. On découvre alors qu’un déménagement, par exemple, peut être vécu comme une aventure excitante pour l’un et comme une source d’inquiétude pour l’autre.
Ce décalage ouvre la discussion. L’enfant comprend que son ressenti n’est ni isolé ni “bizarre”, par exemple. Ou bien l’adulte réalise qu’il ne devine pas toujours ce que son enfant traverse.
Pourquoi le jeu est-il le meilleur allié de nos histoires de famille ?
À La Cabane à Jouer, on défend l’idée que le jeu est un super moyen d’approfondir les relations. Quand il s’agit d’histoires de famille, ce terrain de jeu devient particulièrement fertile !
Briser les rôles et la routine du “sur le papier”
Sur le papier, on se connaît par cœur. Dans la réalité, il faut reconnaître que chacun reste souvent enfermé dans son rôle :
- Le parent organisateur ;
- L’ado silencieux ou ronchon ;
- La grand-mère rassurante ou vieux jeu.
Le jeu remet tout le monde à égalité, de 7 à 77 ans (ou plus !). Par exemple, au cours d’un jeu de questions-réponses sur les souvenirs d’enfance, le plus jeune interroge sans complexe ses aînés et c’est le grand-parent qui se retrouve à chercher ses mots. De façon paradoxale, cette inversion des rôles peut libérer plus facilement la parole et encourager la créativité dans ses confessions.
Construire une mémoire commune (et solide)
Raconter d’où l’on vient est tout sauf anodin ! Un enfant qui connaît les histoires de sa famille développe un sentiment d’appartenance plus fort. Quand il se confronte à un échec, entendre que son grand-père a redoublé une classe ou que sa mère rêvait d’être astronaute avant de changer d’avis peut l’aider à relativiser. Cette répétition de schémas de vie et cette quête de bonheur simple constituent un des piliers des jeux de transmission.
Nos petits secrets pour un moment de partage réussi
Quelques idées simples pour vous aider à mettre en place ces jeux :
- Adaptez selon l’âge : avec les plus petits, privilégiez les images, les objets, les mises en scène. Avec les ados, explorez les valeurs, les choix, les rêves d’avenir ;
- Adoptez une posture de bienveillance : on écoute sans corriger ou sans minimiser le ressenti des uns et des autres. Si un souvenir diffère d’une personne à l’autre, on accueille la version de chacun ;
- Instaurez un rituel comme un “Dimanche des histoires” une fois par mois, sans écrans.



