
L’accessibilité n’est pas qu’une ligne dans un menu de réglages : c’est ce qui permet à une famille de jouer enfin ensemble, sans que personne ne reste sur la touche. Finies les sessions frustrantes où un enfant est borné au rôle de spectateur pendant que l’autre termine son niveau tout seul ! On vous propose un focus sur les jeux vidéo et les technologies qui effacent les différences de motricité ou de rapidité pour ne laisser place qu’à l’essentiel : l’émotion partagée.
À la Cabane à Jouer, on sait bien que le jeu n’est pas un concours, mais une expérience relationnelle. Et le jeu vidéo n’échappe pas à cette règle : il est possible de choisir un support avec un objectif commun, où chacun contribue à sa manière. Bref, un terrain idéal pour jouer ensemble malgré les différences. Voici quelques pistes à suivre !
La manette sur-mesure : quand le matériel s’efface devant le plaisir
Sur le papier, une manette ressemble à un bloc standard, rempli de boutons minuscules et de sticks à manipuler avec précision. Dans la réalité, ce format unique exclut facilement un enfant avec un besoin spécifique moteur ou sensoriel. Heureusement, le matériel évolue pour ajouter davantage d’inclusion dans les jeux vidéo !
Microsoft a développé deux manettes qui s’adaptent aux besoins des enfants avec un handicap :
- Le Xbox Adaptive Controller est un large hub plat pensé comme un centre de commande personnalisable. À l’arrière, une série de ports permet de brancher des boutons géants, des pédales et des contacteurs placés près de la tête, du pied ou du coude. On configure l’ensemble comme le cockpit d’un immense vaisseau spatial ;
- Le Xbox Adaptive Joystick est aussi compact que la commande d’un fauteuil roulant électrique pour les personnes à mobilité réduite, et offre le même type d’interaction.
Sony propose de son côté la manette Access pour la PlayStation 5. Il s’agit d’un dispositif circulaire, posé à plat, avec des touches interchangeables selon la préhension de l’enfant. Il ressemble à un multi-buzzer que l’on peut trouver dans les jeux télévisés.
Enfin, le logiciel playAbility, développé en France, transforme une webcam en manette. Un clin d’œil, un mouvement de tête ou une commande vocale deviennent des actions à l’écran grâce à l’interprétation de l’Intelligence Artificielle. Cet outil est idéal pour les enfants atteints de handicaps moteurs ou de troubles cognitifs conséquents.
Les réglages peuvent sembler fastidieux, mais le sourire de votre petit pilote en vaut la chandelle ! En effet, l’installation du matériel et le test des boutons constituent déjà un moment de partage. On bricole, on ajuste la manette mais, au final, c’est bien le jeu vidéo qui s’adapte à l’enfant.
Réglages magiques : adapter le jeu sans changer le plaisir
Le matériel est une première étape, mais les menus cachés des jeux se révèlent être des alliés précieux pour adapter le jeu à l’enfant.
Mario Kart 8 Deluxe (PEGI 3) propose une conduite assistée et une accélération automatique. Grâce à une petite antenne fixée à l’arrière du kart, le pilote évite les sorties de piste et les chutes dans le vide. Par conséquent, un enfant avec un besoin spécifique moteur peut rester dans la course, ressentir la vitesse, utiliser les objets… sans passer son temps à manquer les virages. Les autres joueurs gardent les paramètres normaux de leur personnage et, ainsi, chacun a les mêmes chances de remporter le circuit.
Minecraft (PEGI 7) offre un mode “Paisible” qui supprime les monstres. Désormais, les joueurs construisent et explorent l’univers à leur rythme sans craindre pour leur survie. Ils ont plus de facilité à coopérer sur des projets communs. L’un construit, l’autre récolte et un troisième imagine la décoration pour la maison… ou le palais 5 étoiles qu’ils souhaitent bâtir ! Des réglages visuels (contrastes, motifs des minerais) sont pensés pour un enfant daltonien ou sensible aux stimuli, afin qu’il puisse démontrer tout son talent de bâtisseur ou de décorateur.
Le mode Copilot : la coopération au cœur de la manette
Sur Xbox, le Mode Copilot permet d’associer deux manettes pour contrôler un seul personnage. Sur PS5, on peut lier une manette Access et une manette classique. Dans les deux cas, voici comment prend place cette relation d’interdépendance.
Vous gérez les déplacements et votre enfant déclenche les actions : sauter, interagir ou lancer un objet. La progression dépend d’une bonne synchronisation entre vous deux, comme un couple de danseurs étoiles. Ce fonctionnement rassure énormément les enfants qui ont peur de “faire rater” la partie à cause de leurs limites. Ici, il s’agit de gagner ensemble ou de perdre ensemble.
Certains jeux intègrent d’emblée des rôles différents :
Dans Snipperclips (PEGI 3), les personnages doivent se découper mutuellement pour résoudre des énigmes ;
Dans It Takes Two (PEGI 12), chaque héros possède des capacités uniques : il faut être deux pour gagner !
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Quels types de jeux privilégier ?
Les Party Games, comme Mario Party (PEGI 3), laissent une part d’aléatoire. Par exemple, le vilain Bowser veille à ce qu’aucun personnage ne conserve longtemps son avantage en termes de pièces ou d’étoiles. De plus, des étoiles bonus sont distribuées à la fin de la partie en fonction de performances improbables, comme “avoir marché le plus de fois sur des cases événements”. Dans ce type de jeux vidéo, tout le monde peut gagner et l’ambiance compte plus que la précision technique.
Les jeux “bac à sable”, comme Minecraft, invitent à construire sans pression. On avance à son rythme sans remplir des objectifs en contre-la-montre. L’accent est davantage mis sur l’évasion que sur la compétition.
La posture du parent facilitateur
Votre rôle n’est pas de devenir expert en manettes. Il s’agit surtout d’aménager l’espace en fonction des besoins de votre enfant :
- Coussins pour soutenir les bras ;
- Support pour stabiliser la manette ;
- Luminosité adaptée.
Comme d’autres activités, vous devez donner des repères à votre enfant pour qu’il profite de son expérience vidéoludique. Des gestes simples comme limiter le temps d’écran, annoncer le début et la fin de la partie ou valoriser l’effort plutôt que le score. On n’est pas là pour corriger, ni pour transformer le jeu en exercice. On partage le plaisir de son enfant, on ajuste ses commandes si besoin et on écoute les ressentis de chacun.
Quand le jeu sort de l’écran
Même lorsque la console s’éteint, l’inclusion par le jeu peut se poursuivre sur d’autres supports. Un petit loto sensoriel (reconnaître des objets au toucher) ou le jeu “l’aveugle et son guide” aide la fratrie à comprendre concrètement certains défis que doit relever leur frère ou leur sœur. Cela nourrit l’empathie et la patience.
Pensez produits dérivés ! Par exemple, pour un fan du jeu, les sets LEGO Minecraft prolongent l’univers vidéoludique en version tangible. Construire ensemble une maison en briques, puis la comparer à celle qu’on a créée à l’écran, voilà un autre type de victoire ! Des coloriages pixelisés reprenant des personnages des jeux vidéo inventeront par exemple à se concentrer autrement tout en continuant de s’amuser avec eux.
Au fond, la question n’est pas de savoir si le jeu vidéo est adapté ou non, mais plutôt celle-ci : comment en faire un moment de partage ? Avec quelques réglages, un peu d’ajustement et beaucoup d’écoute, la console invite chacun à prendre sa place. Dans la majorité des familles, ce simple “on a joué ensemble” change déjà beaucoup.




